Rencontre avec Marion Salmon Thomas : entre maternité, performance et liberté

J’ai rencontré Marion Salmon Thomas à Arkose Strasbourg-Saint-Denis lors d’un de ses passages à Paris. Venue donner une conférence, elle m’a immédiatement marquée par son énergie, sa simplicité et son sourire.

Derrière cette femme solaire se cache pourtant un parcours hors du commun. Grimpeuse depuis l’enfance, ingénieure chez Danone et membre de l’équipe de France d’escalade sur glace depuis près de dix ans, Marion mène de front plusieurs vies avec une impressionnante sérénité.

Devenue maman en avril 2025, elle remporte sa première Coupe du monde seulement huit mois plus tard. En 2026, elle est vice-championne d’Europe et numéro 2 mondiale de sa discipline.

Nous avons parlé verticalité, maternité, compétition, liberté, confiance en soi et de ce qui nous pousse à continuer à avancer lorsque les yeux brillent encore.

Photo par Simon Gérard
Photo par Simon Gérard

Natte :

Bonjour Marion. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Marion :

Je m’appelle Marion Salmon Thomas et je suis passionnée par tout ce qui touche à la verticalité. Je fais de l’escalade depuis l’âge de huit ans.

Je suis ingénieure et je travaille à mi-temps chez Danone. En parallèle, je suis athlète en équipe de France d’escalade sur glace depuis une dizaine d’années.

Et depuis peu, je suis aussi maman d’un petit garçon de treize mois.

Natte :

Peux-tu nous parler de l’escalade sur glace ?

Marion :

Globalement, il faut imaginer de l’escalade, mais avec des piolets dans les mains et des crampons aux pieds.

Nous évoluons sur des structures artificielles installées en extérieur, avec des températures pouvant varier entre 0°C et -20°C. L’objectif est d’aller le plus haut possible dans un temps imparti.

Moi, les piolets sont devenus mes petits bébés. Je suis complètement passionnée par le mouvement. J’aime me réinventer à travers ce sport et à travers les expériences de la vie.

Natte :

Tu as commencé par l’escalade classique avant de découvrir la glace ?

Marion :

Oui. Je viens de la région lyonnaise et j’ai commencé dans un club qui s’appelle La Dégaine.

Très vite, nous avons été emmenés grimper en falaise. À douze ans, je faisais déjà mes premières grandes voies. Nous apprenions à nous faire confiance, à nous assurer entre nous. Avec le recul, je trouve que c’est une école extraordinaire.

Petit à petit, toute ma famille s’est mise à l’escalade. Ma mère est devenue arbitre internationale, ma sœur photographe sur les Coupes du monde. Aujourd’hui, ma mère est vice-présidente du club et mon beau-père en est le président.

Au départ, mes parents faisaient plutôt de la voile. Finalement, c’est moi qui ai embarqué toute la famille dans cette aventure.

Natte :

Qu’est-ce qui t’a amenée vers l’escalade sur glace ?

Marion :

C’est un ami qui était en équipe de France qui m’a emmenée découvrir un événement à Grenoble.

J’ai eu un coup de cœur immédiat.

Il y avait tout ce que j’aimais : la verticalité, une nouvelle gestuelle à apprendre, la montagne et l’extérieur.

Au point que j’ai changé d’école d’ingénieur pour me rapprocher du pôle France à Grenoble. Je suis allée frapper à la porte du directeur et j’ai demandé mon transfert.

Je fonctionne beaucoup à l’instinct. Derrière, j’ai intégré l’équipe de France et j’ai progressé année après année jusqu’à atteindre la troisième place mondiale en 2024.

Natte :

Puis est arrivée la maternité.

Marion :

Oui.

J’avais envie de fonder une famille sans attendre la fin de ma carrière sportive.

Je travaille déjà à côté du sport et je crois que j’ai toujours rêvé d’avoir plusieurs vies en même temps. C’est intense, bien sûr, mais ça me convient.

Le travail me permet aussi de garder les pieds sur terre. J’aime me sentir utile autrement que par la performance sportive.

J’aime transmettre, partager mon expérience, aider les débutants dans les salles, faire découvrir mon sport. Aujourd’hui, la maternité fait aussi partie des messages que j’ai envie de porter.

Natte :

Comment as-tu vécu les transformations de ton corps pendant la grossesse et le post-partum ?

Marion :

Ça a été une période particulière.

Cela faisait des années que je me sentais bien dans mon corps et soudain, beaucoup de choses ont changé. J’ai traversé une phase où mon corps m’était presque devenu étranger.

J’ai eu une césarienne après trente heures de travail. Voir son corps littéralement transformé de cette façon est quelque chose d’assez bouleversant.

Mais assez vite, j’ai eu une prise de conscience.

Je me suis dit que je n’aurais plus jamais mon corps d’avant.

Alors plutôt que de chercher à le retrouver, j’ai décidé de construire mon nouveau corps.

Je ne voulais pas revenir en arrière. Je voulais avancer.

Aujourd’hui, je suis différente. Je grimpe différemment. Mon corps me permet même de faire certaines choses encore mieux qu’avant.

Et surtout, je suis très heureuse avec ce nouveau corps.

Natte :

Quel regard portes-tu sur la performance de haut niveau ?

Marion :

J’aime performer, bien sûr.

Mais ce que je veux avant tout, c’est être une femme en bonne santé dans quarante ans.

J’ai intégré la santé comme un paramètre essentiel de ma performance.

Ce n’est pas « coûte que coûte ». Ce n’est pas « je ferai tout pour gagner ».

Je regarde toujours la globalité.

Parfois, on a l’impression de faire un pas en arrière. Mais souvent, c’est ce qui permet d’en faire trois en avant ensuite.

Natte :

Qu’est-ce qui te pousse à continuer après toutes ces années ?

Marion :

J’ai traversé une période compliquée qui m’a obligée à réfléchir profondément à mes motivations.

Et j’ai compris quelque chose d’essentiel.

Je ne fais pas ce sport pour les résultats.

Je fais ce sport parce que je vis à travers le mouvement.

La gestuelle me passionne.

La compétition me donne un cadre dans lequel je peux exprimer pleinement ce que je suis. Pendant quelques minutes, j’ai le droit de donner le meilleur de moi-même.

Et dans ces moments-là, je me sens profondément libre.

Natte :

Comment imagines-tu l’avenir de l’escalade sur glace ?

Marion :

J’aimerais voir davantage de pratiquants, davantage de femmes et davantage de jeunes.

Je pense que cela passe par la visibilité, la médiatisation et l’accessibilité.

Il existe encore beaucoup de fausses croyances autour de ce sport. On imagine quelque chose de brutal ou de réservé à une élite.

En réalité, c’est une discipline extrêmement technique et subtile.

Et surtout, nous sommes faits pour grimper.

Quand on observe les enfants, ils grimpent naturellement partout. Nous avons simplement perdu cette spontanéité en grandissant.

J’aimerais que davantage de personnes retrouvent ce plaisir-là.

Natte :

Si tu devais transmettre un dernier message ?

Marion :

Faire confiance à son instinct.

Et garder les yeux qui brillent.

On se met énormément de barrières. Beaucoup sont imaginaires.

Il n’est pas nécessaire d’avancer par grands bonds.

Parfois, quelques petits pas suffisent.

Et en accumulant ces petits pas, on finit par accomplir quelque chose de beaucoup plus grand que ce que l’on imaginait au départ.

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Merci à Marion pour sa confiance, sa générosité et le temps qu’elle nous a accordé pour cet échange.

À l’automne 2026 sortira Mère de glace, un documentaire de 40 minutes consacré à son parcours. Une belle occasion de découvrir encore davantage cette athlète hors norme, qui continue de faire évoluer son sport tout en traçant son propre chemin.

Côté compétition, rendez-vous en janvier 2027 à Champagny-en-Vanoise pour les Championnats du monde d’escalade sur glace, où Marion représentera l’équipe de France.

Nous ne manquerons pas de suivre cette aventure et de vous la partager.

Pour suivre Marion Salmon Thomas, c’est par ici

À suivre…

(Crédits photos : 1 – 2 – 3 – 4 et 9 : Simon Gérard / Photo 5 : Finale Edmonton CDM 2026 ©Slobodan Miskovic / Photo 6 : Nathalie Rabusseau pour Climbing Bitches)

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