Des sportif.ves inspirant.es !
Rencontre avec Marion Salmon Thomas
entre maternité, performance et liberté
J’ai rencontré Marion Salmon Thomas à Arkose Strasbourg-Saint-Denis lors d’un de ses passages à Paris. Venue donner une conférence, elle m’a immédiatement marquée par son énergie, sa simplicité et son sourire.
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Interview
Rencontre avec Marion Salmon Thomas : entre maternité, performance et liberté
J’ai rencontré Marion Salmon Thomas à Arkose Strasbourg-Saint-Denis lors d’un de ses passages à Paris. Venue donner une conférence, elle m’a immédiatement marquée par son énergie, sa simplicité et son sourire.
Derrière cette femme solaire se cache pourtant un parcours hors du commun. Grimpeuse depuis l’enfance, ingénieure chez Danone et membre de l’équipe de France d’escalade sur glace depuis près de dix ans, Marion mène de front plusieurs vies avec une impressionnante sérénité.
Devenue maman en avril 2025, elle remporte sa première Coupe du monde seulement huit mois plus tard. En 2026, elle est vice-championne d’Europe et numéro 2 mondiale de sa discipline.
Nous avons parlé verticalité, maternité, compétition, liberté, confiance en soi et de ce qui nous pousse à continuer à avancer lorsque les yeux brillent encore.
Natte :
Bonjour Marion. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Marion :
Je m’appelle Marion Salmon Thomas et je suis passionnée par tout ce qui touche à la verticalité. Je fais de l’escalade depuis l’âge de huit ans.
Je suis ingénieure et je travaille à mi-temps chez Danone. En parallèle, je suis athlète en équipe de France d’escalade sur glace depuis une dizaine d’années.
Et depuis peu, je suis aussi maman d’un petit garçon de treize mois.
Natte :
Peux-tu nous parler de l’escalade sur glace ?
Marion :
Globalement, il faut imaginer de l’escalade, mais avec des piolets dans les mains et des crampons aux pieds.
Nous évoluons sur des structures artificielles installées en extérieur, avec des températures pouvant varier entre 0°C et -20°C. L’objectif est d’aller le plus haut possible dans un temps imparti.
Moi, les piolets sont devenus mes petits bébés. Je suis complètement passionnée par le mouvement. J’aime me réinventer à travers ce sport et à travers les expériences de la vie.
Natte :
Tu as commencé par l’escalade classique avant de découvrir la glace ?
Marion :
Oui. Je viens de la région lyonnaise et j’ai commencé dans un club qui s’appelle La Dégaine.
Très vite, nous avons été emmenés grimper en falaise. À douze ans, je faisais déjà mes premières grandes voies. Nous apprenions à nous faire confiance, à nous assurer entre nous. Avec le recul, je trouve que c’est une école extraordinaire.
Petit à petit, toute ma famille s’est mise à l’escalade. Ma mère est devenue arbitre internationale, ma sœur photographe sur les Coupes du monde. Aujourd’hui, ma mère est vice-présidente du club et mon beau-père en est le président.
Au départ, mes parents faisaient plutôt de la voile. Finalement, c’est moi qui ai embarqué toute la famille dans cette aventure.
Natte :
Qu’est-ce qui t’a amenée vers l’escalade sur glace ?
Marion :
C’est un ami qui était en équipe de France qui m’a emmenée découvrir un événement à Grenoble.
J’ai eu un coup de cœur immédiat.
Il y avait tout ce que j’aimais : la verticalité, une nouvelle gestuelle à apprendre, la montagne et l’extérieur.
Au point que j’ai changé d’école d’ingénieur pour me rapprocher du pôle France à Grenoble. Je suis allée frapper à la porte du directeur et j’ai demandé mon transfert.
Je fonctionne beaucoup à l’instinct. Derrière, j’ai intégré l’équipe de France et j’ai progressé année après année jusqu’à atteindre la troisième place mondiale en 2024.
Natte :
Puis est arrivée la maternité.
Marion :
Oui.
J’avais envie de fonder une famille sans attendre la fin de ma carrière sportive.
Je travaille déjà à côté du sport et je crois que j’ai toujours rêvé d’avoir plusieurs vies en même temps. C’est intense, bien sûr, mais ça me convient.
Le travail me permet aussi de garder les pieds sur terre. J’aime me sentir utile autrement que par la performance sportive.
J’aime transmettre, partager mon expérience, aider les débutants dans les salles, faire découvrir mon sport. Aujourd’hui, la maternité fait aussi partie des messages que j’ai envie de porter.
Natte :
Comment as-tu vécu les transformations de ton corps pendant la grossesse et le post-partum ?
Marion :
Ça a été une période particulière.
Cela faisait des années que je me sentais bien dans mon corps et soudain, beaucoup de choses ont changé. J’ai traversé une phase où mon corps m’était presque devenu étranger.
J’ai eu une césarienne après trente heures de travail. Voir son corps littéralement transformé de cette façon est quelque chose d’assez bouleversant.
Mais assez vite, j’ai eu une prise de conscience.
Je me suis dit que je n’aurais plus jamais mon corps d’avant.
Alors plutôt que de chercher à le retrouver, j’ai décidé de construire mon nouveau corps.
Je ne voulais pas revenir en arrière. Je voulais avancer.
Aujourd’hui, je suis différente. Je grimpe différemment. Mon corps me permet même de faire certaines choses encore mieux qu’avant.
Et surtout, je suis très heureuse avec ce nouveau corps.
Natte :
Quel regard portes-tu sur la performance de haut niveau ?
Marion :
J’aime performer, bien sûr.
Mais ce que je veux avant tout, c’est être une femme en bonne santé dans quarante ans.
J’ai intégré la santé comme un paramètre essentiel de ma performance.
Ce n’est pas « coûte que coûte ». Ce n’est pas « je ferai tout pour gagner ».
Je regarde toujours la globalité.
Parfois, on a l’impression de faire un pas en arrière. Mais souvent, c’est ce qui permet d’en faire trois en avant ensuite.
Natte :
Qu’est-ce qui te pousse à continuer après toutes ces années ?
Marion :
J’ai traversé une période compliquée qui m’a obligée à réfléchir profondément à mes motivations.
Et j’ai compris quelque chose d’essentiel.
Je ne fais pas ce sport pour les résultats.
Je fais ce sport parce que je vis à travers le mouvement.
La gestuelle me passionne.
La compétition me donne un cadre dans lequel je peux exprimer pleinement ce que je suis. Pendant quelques minutes, j’ai le droit de donner le meilleur de moi-même.
Et dans ces moments-là, je me sens profondément libre.
Natte :
Comment imagines-tu l’avenir de l’escalade sur glace ?
Marion :
J’aimerais voir davantage de pratiquants, davantage de femmes et davantage de jeunes.
Je pense que cela passe par la visibilité, la médiatisation et l’accessibilité.
Il existe encore beaucoup de fausses croyances autour de ce sport. On imagine quelque chose de brutal ou de réservé à une élite.
En réalité, c’est une discipline extrêmement technique et subtile.
Et surtout, nous sommes faits pour grimper.
Quand on observe les enfants, ils grimpent naturellement partout. Nous avons simplement perdu cette spontanéité en grandissant.
J’aimerais que davantage de personnes retrouvent ce plaisir-là.
Natte :
Si tu devais transmettre un dernier message ?
Marion :
Faire confiance à son instinct.
Et garder les yeux qui brillent.
On se met énormément de barrières. Beaucoup sont imaginaires.
Il n’est pas nécessaire d’avancer par grands bonds.
Parfois, quelques petits pas suffisent.
Et en accumulant ces petits pas, on finit par accomplir quelque chose de beaucoup plus grand que ce que l’on imaginait au départ.
—
Merci à Marion pour sa confiance, sa générosité et le temps qu’elle nous a accordé pour cet échange.
À l’automne 2026 sortira Mère de glace, un documentaire de 40 minutes consacré à son parcours. Une belle occasion de découvrir encore davantage cette athlète hors norme, qui continue de faire évoluer son sport tout en traçant son propre chemin.
Côté compétition, rendez-vous en janvier 2027 à Champagny-en-Vanoise pour les Championnats du monde d’escalade sur glace, où Marion représentera l’équipe de France.
Nous ne manquerons pas de suivre cette aventure et de vous la partager.
Pour suivre Marion Salmon Thomas, c’est par ici
À suivre…
(Crédits photos : 1 – 2 – 3 – 4 et 9 : Simon Gérard / Photo 5 : Finale Edmonton CDM 2026 ©Slobodan Miskovic / Photo 6 : Nathalie Rabusseau pour Climbing Bitches)
Interview
« Tous les corps ont le droit d’exister dans le sport » — Rencontre avec Margaux Lifestyle
Aujourd’hui, on sort un peu des blocs, des prises et des salles d’escalade pour aller courir avec Margaux, alias Margaux Lifestyle sur les réseaux sociaux.
Blogueuse, runneuse, sportive depuis des années, Margaux partage un rapport au sport qui résonne très fort avec ce qu’on défend ici : avancer à son rythme, reprendre sa place, refuser les injonctions à la performance, et surtout rappeler qu’il n’existe pas un seul corps légitime pour faire du sport.
Son histoire traverse la course à pied, le triathlon, la prise de poids inexpliquée, le cyberharcèlement, les diagnostics tardifs, la reconstruction, mais aussi la joie de recommencer doucement, sans se battre contre soi-même.
Avec elle, on parle de running lent, de corps qui changent, de grossophobie, de pathologies féminines, de plaisir, de dossards, de short qui remonte, de brassière qui sauve la vie, et de cette phrase qu’on pourrait appliquer à tous les sports : on court, on grimpe, on bouge — mais surtout, on le fait pour soi.
Parce que finalement, que l’on soit sur un mur ou sur un chemin, le message reste le même : il n’y a pas besoin d’être rapide, fine, forte ou performante pour avoir sa place.
Il suffit parfois d’oser commencer.
Natte : Déjà, merci d’avoir accepté cette interview, Margaux. Ça faisait un moment que je te suivais avant même de me mettre à courir. La course, c’est très récent pour moi. Je me suis surtout rendu compte récemment que mon cardio devenait problématique… Je me suis retrouvée essoufflée au bout de trente secondes sur un bloc.
Mais surtout, tu donnes une image du running qui fait moins peur. Tu casses un peu tous les clichés autour de ce sport.
Je vais te laisser te présenter rapidement pour les grimpeurs et grimpeuses qui vont lire cet article — ceux qui disent encore : “Le running ? Jamais de la vie.”
Margaux : Je m’appelle Margaux, j’ai 33 ans, je suis une petite sudiste expatriée à Lyon.
J’ai commencé la course à pied en 2012 après un passage catastrophique en classe prépa. J’étais arrivée à la fac complètement épuisée mentalement. Je ne supportais plus d’être assise sur les bancs de la fac, j’étais constamment énervée.
À la base, je me suis mise à courir pour faire un peu de sport parce que j’avais pris du poids et que j’avais besoin de me défouler. Et puis ma mère, qui avait plus de 50 ans à l’époque, me narguait un peu gentiment en me disant : “Regarde, moi je vais courir une heure avec ma copine et je suis moins en galère que toi.”
Là, mon ego a pris un coup. Je me suis dit : “Ce n’est pas possible que ma mère de 50 ans coure mieux que moi alors que j’ai fait dix ans de gym.”
Et au fil des semaines, je me suis rendu compte que plus je courais, plus ça s’apaisait dans ma tête. La prépa m’avait tellement détruite mentalement que je n’arrivais plus à me concentrer, plus à être patiente. La course m’a vraiment aidée à retrouver un équilibre.
Petit à petit, j’ai commencé à structurer mes entraînements, à apprendre ce qu’était l’endurance fondamentale, la VMA…
Nathalie : Comme les grimpeurs avec leurs histoires de lolotte ou de contrepointe…
Margaux : Exactement !
Nathalie : Du coup, endurance fondamentale, VMA… pour les grimpeurs et les grimpeuses qui débarquent ?
Margaux : L’endurance fondamentale, c’est l’allure où tu es censée pouvoir parler en courant. C’est l’allure “facile”, celle où ton corps construit son endurance sans être dans le rouge.
Et la VMA, c’est en gros ton allure maximale, ta vitesse maximale.
Puis de fil en aiguille, j’ai continué jusqu’à courir un marathon en 2017. Il s’est super bien passé, j’ai même quasiment pas eu de courbatures après.
Puis la vie a repris le dessus. J’ai quitté Paris, lancé mon entreprise… et en 2019, j’ai commencé à prendre du poids.
Au début, j’ai mis ça sur le compte d’une relation toxique. Beaucoup d’apéros, beaucoup de restos, moins de sport. Puis cette personne m’a quittée en me disant qu’il était “dégoûté” par mon corps après mes dix kilos pris.
Donc forcément, je me suis dit que le problème venait de là.
J’ai essayé de perdre ce poids “comme il fallait” : manger moins, bouger plus, refaire attention. Sauf que ça ne marchait pas. Et je continuais à grossir malgré une augmentation énorme de ma charge d’entraînement.
Je suis même passée au triathlon. Je faisais jusqu’à quinze heures de sport par semaine. Et malgré ça, je continuais à prendre du poids.
J’ai vu plein de médecins qui me répétaient : “Vous mentez forcément. Mangez moins, bougez plus.”
Alors je suis tombée dans une restriction alimentaire énorme. Je supprimais les féculents, je réduisais toutes mes portions, je pulvérisais l’huile d’olive au pschitt dans la poêle…
C’était devenu totalement malsain.
Et pendant ce temps-là, je régressais dans ma pratique. Je n’arrivais plus à finir certaines courses. J’ai commencé à connaître mes premiers DNF.
Margaux : Did Not Finish. Les courses que tu ne termines pas. Soit parce que tu abandonnes, soit parce que tu dépasses les barrières horaires et qu’on t’élimine.
Nathalie : DNF, pour les grimpeurs qui lisent l’article ?
Je suis vraiment entrée dans un cercle vicieux d’autodestruction.
Et par-dessus tout ça, il y a eu le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux à cause de mon poids.
Nathalie : Ça a commencé quand ?
Margaux : Vers 2022-2023. Il y avait un groupe Facebook où des gens republiaient les contenus de sportifs amateurs pour se moquer d’eux, avec une préférence pour les femmes et les influenceuses.
Et une fois que tu étais repartagée dessus, tu te prenais des vagues de commentaires et d’insultes.
Ça a duré quasiment deux ans.
Nathalie : Franchement, bravo d’avoir tenu.
Margaux : Au début, je le prenais pour moi. Puis j’ai commencé à voir une psy.
Et au final, elle m’a aidée à comprendre qu’il y avait surtout un énorme problème dans mon rapport au corps, à l’alimentation, au sport, et qu’il fallait d’abord soigner ça.
Puis un jour, je suis allée voir une dernière diététicienne. Ma dernière chance.
J’étais à +33 kilos sur la balance.
Et en trois mois, elle m’a dit : “Le problème, ce n’est pas vous. Il y a autre chose.”
C’est là que les diagnostics sont tombés : SOPK avec résistance à l’insuline, puis lipœdème.
Pour la première fois, quelqu’un m’a dit : “C’est normal que ça ne fonctionne pas.”
Et surtout : “Maintenant, il faut manger.”
Malheureusement, malgré tout ce qu’on a essayé de mettre en place, ça ne fonctionnait toujours pas. J’ai donc été opérée d’une sleeve début février.
Aujourd’hui, je suis à plus de trois mois post-opératoire. Tout se passe très bien. J’ai repris la course doucement, le vélo, la natation… et surtout, j’essaie de reconstruire sans pression.
On ne va pas se mettre la pression pour accrocher un dossard. On reconstruit d’abord physiquement, et on verra ensuite.
Nathalie : Et entre-temps, tu as aussi créé le Slow Running Club à Lyon.
Margaux : Oui. Là, c’est en pause avec mon post-op, mais ça reprendra en septembre.
L’idée, c’était de créer un espace pour les personnes qui courent lentement et qui ne trouvent pas leur place dans les running clubs classiques.
Parce qu’on te dit souvent : “Allure débutant : 6’30 au kilomètre.”
Sauf que… non. 6’30, ce n’est pas débutant pour beaucoup de gens.
Donc moi, ma devise, c’est : “Pas plus vite que 8’30.”
Et surtout : on court à l’allure de la personne la plus lente.
Pas le fameux : “On t’attend plus loin.”
Parce que ce “on t’attend”, il fait mal.
Tu es derrière, tu galères seule, tu as parfois des remarques, tu complexes, tu te sens nulle.
Donc l’idée, c’était de créer un vrai espace bienveillant où les gens courent réellement ensemble.
Nathalie : Et ça amène aussi beaucoup de questions autour du corps, de la place des femmes dans le sport…
Margaux : Oui, totalement.
Quand j’ai pris du poids, tout est devenu compliqué. S’habiller. Trouver des brassières adaptées. Des shorts qui ne remontent pas. Gérer les frottements.
Et puis les remarques.
“Allez, cours la grosse, ça te fera du bien.”
Les klaxons. Les sifflements.
Les gens qui pensent que le problème, c’est juste le poids.
Alors qu’en réalité, les études récentes montrent que le surpoids n’est pas automatiquement la cause des blessures. Mais les idées reçues sont encore très présentes.
Tu te retrouves dans une contradiction permanente :on te dit de faire du sport pour perdre du poids, mais quand tu fais du sport en étant grosse, on te dit que tu ne devrais pas faire ce sport-là.
Nathalie : Qu’est-ce que tu aimerais dire aux personnes qui n’osent pas commencer ?
Margaux : Avant de savoir courir, il faut savoir marcher. Et avant de savoir marcher, on a tous appris à ramper.
On a tous été débutants un jour.
Ce qui compte, c’est d’y aller progressivement et d’arrêter de se comparer au voisin.
On ne connaît ni sa génétique, ni son parcours, ni son vécu.
Et surtout, il faut garder en tête pourquoi on pratique.
Il y en a qui sont drivés par la performance, et c’est très bien. Mais il ne faut pas imposer cette vision du sport aux autres.
Moi, je suis tout aussi heureuse pour quelqu’un qui passe sous les 40 minutes au 10 km que pour une personne qui finit son premier 10 km en 1h30.
Il n’y a pas de hiérarchie dans l’effort.
Nathalie : Dernière question : qu’est-ce qui te rend aujourd’hui le plus fière dans ce que tu construis ?
Margaux :À titre personnel, je suis fière d’être encore là. De ne pas avoir abandonné pendant ces cinq années où j’avais l’impression de me noyer.
Et sur les réseaux, ce qui me touche le plus, ce sont les messages.
Quand une femme m’écrit :“J’ai osé courir en short.”“J’ai osé prendre un dossard.”“J’ai trouvé une brassière adaptée grâce à toi.”
Ou même récemment, un homme m’a écrit pour me dire qu’il avait compris ce qu’était le lipœdème grâce à mes contenus, et qu’il était allé s’excuser auprès de sa belle-sœur qu’il jugeait depuis des années.
Là, tu te dis que tout n’est peut-être pas perdu.
Aujourd’hui, je crois que mon plus gros combat, c’est simplement de rappeler que tous les corps ont le droit d’exister dans le sport.
Nathalie : Merci pour ce moment, vraiment !
Merci pour tout ce que tu apportes au sport. Tu rends le running plus accessible, plus humain, plus doux aussi.
Et je pense qu’on a besoin de ça aujourd’hui : plus de représentation, plus de voix différentes, plus de personnes qui montrent qu’on peut faire du sport autrement.
Que l’on grimpe, que l’on coure, que l’on pédale… il n’y a pas une seule manière légitime d’être sportif.
Et parfois, le plus courageux, ce n’est pas d’aller vite.
C’est simplement d’oser prendre sa place
Merci à Margaux pour cette interview inspirante et pour son partage.
Vous pouvez la suivre : sur les réseaux sociaux et sur son blog !
Portrait sportif / grimpeur inspirant
Rencontre avec Fabienne Personnic : “On m’a dit d’arrêter la montagne.” Elle a gravi l’Everest.
À 42 ans, est infirmière, mère de famille, alpiniste… et l’une des rares femmes françaises à avoir gravi l’Everest. Une ascension déjà exceptionnelle en soi.
Mais son histoire prend une toute autre dimension lorsqu’on découvre d’où elle vient… et surtout ce que son corps traverse depuis des années. Fabienne est atteinte d’une maladie des os de verre ainsi que d’une spondylarthrite ankylosante sévère et évolutive.
Petite déjà, son corps envoie des signaux d’alerte : douleurs, fractures, fatigue chronique, articulations instables. Mais pendant longtemps, personne ne comprend réellement ce qui lui arrive.
Elle passe pourtant toutes ses vacances en montagne, dans les Alpes, au sein d’une famille où l’on vit dehors, où grimper et marcher font partie du quotidien. Très jeune, elle découvre l’escalade et l’alpinisme. Adolescente, elle rêve même d’intégrer l’ENSA pour devenir guide de haute montagne.
Mais à mesure que les douleurs augmentent, la montagne s’éloigne.
À 16 ans, elle arrête complètement.
Puis vient la vie “normale”. Les études. Le travail. La famille.
Elle devient infirmière, construit sa vie malgré les douleurs qui s’installent progressivement dans son quotidien. C’est après la naissance de son premier enfant que tout bascule réellement.
Les fractures se multiplient. Les examens s’enchaînent.
Le diagnostic tombe finalement : maladie des os de verre. Puis un second : spondylarthrite ankylosante sévère.
À seulement 24 ans, les médecins lui annoncent que son corps présente “un âge osseux d’environ 60 ans”. Pendant des années, on lui explique alors tout ce qu’elle ne doit plus faire.
Plus de montagne. Plus de sport “dangereux”. Plus de prise de risque.
Alors Fabienne met sa passion de côté. Elle avance comme elle peut, malgré les douleurs permanentes et un corps qui casse parfois sans prévenir.
“Je me couchais le soir, tout allait bien. Je me réveillais le matin avec un orteil fracturé.”
Quand j’appelle Fabienne pour cette interview, je pense discuter avec une femme qui a gravi l’Everest malgré la maladie.
Mais très vite, la conversation devient autre chose.
On parle du corps qui lâche. Du regard des autres. Du handicap invisible. Des femmes qu’on tente de remettre à leur place. Du besoin vital de se sentir vivante.
Et surtout de cette phrase qu’elle prononce très calmement :
“J’avais l’impression de passer à côté de ma vie.”
“J’avais l’impression de passer à côté de ma vie”
Pendant longtemps, Fabienne applique tout ce qu’on lui conseille.
Elle vit “sous cloche”.
Mais les fractures continuent malgré tout.
Alors un jour, quelque chose casse intérieurement.
“Je me suis dit : soit tu continues à survivre… soit tu recommences à vivre.”
Le retour à l’escalade : “Mais je peux encore”
En 2019, un ami pompier lui propose de retourner grimper.
Elle n’a pas mis de chaussons depuis presque quinze ans.
Elle pense avoir tout perdu.
Puis dès les premières voies, les sensations reviennent.
“Je me suis dit : mais je peux encore.”
Dans les vestiaires ce soir-là, elle rencontre une autre femme, Bénédicte, qui reprend elle aussi l’escalade après des années d’arrêt.
Elles deviennent partenaires de grimpe.
“Les lundis et mercredis soir”, raconte Fabienne avec un grand sourire.
Le diagnostic qui change tout
Puis arrive 2020.
IRM. Verdict brutal : son genou est détruit.
Un médecin évoque une prothèse totale extrêmement risquée à cause de sa maladie des os de verre.
Sinon, il faudra bloquer définitivement la jambe.
Fabienne sort du cabinet médical et reste longtemps assise dans sa voiture.
Puis une pensée traverse tout.
“Je me suis dit : si c’est maintenant que ma vie s’arrête… alors j’ai envie de vivre vraiment avant.”
Et c’est là que naît Le Piolet de Verre.
“Pourquoi pas l’Everest ?”
Au début, elle pense simplement retourner en haute montagne.
Puis les idées deviennent plus ambitieuses.
Un trek. Un sommet. Une expédition.
Puis un soir :
“Je me suis dit : pourquoi pas l’Everest ?”
Elle éclate de rire en racontant ça aujourd’hui.
Mais elle commence immédiatement à se préparer.
Physiquement. Mentalement. Financièrement.
“Il n’existe aucun mode d’emploi pour grimper avec mes pathologies.”
Alors elle apprend seule.
Elle bivouaque dehors. Porte des sacs lourds. Teste son corps. Observe ses limites.
Les sponsors, les refus et le validisme
Avant même la montagne, Fabienne se heurte au regard des autres.
Elle envoie près de mille mails à des entreprises et sponsors.
Très peu répondent.
Et lorsqu’elle présente son projet devant une grande entreprise française dans le cadre d’une bourse d’expédition, les questions portent presque uniquement sur sa maladie.
Pas sur son niveau. Pas sur sa préparation.
Puis un homme finit par lui demander :
“Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux profiter de vos enfants plutôt que d’aller risquer de vous tuer là-bas ?”
Elle marque un silence en racontant cette scène.
Puis ajoute simplement :
“J’ai compris qu’il fallait encore prouver qu’on avait le droit d’être là.”
L’Everest : trouver sa place
Quand elle arrive au Népal, le camp de base est encore en construction.
Les Sherpas déplacent des pierres, montent les tentes, installent les structures.
Fabienne ne parle presque pas anglais. Elle se sent complètement à part.
“Comme un cheveu dans la soupe.”
Puis un Sherpa lui tend un petit caillou en plaisantant.
Fabienne attrape alors un énorme bloc de pierre à la place.
“Bon. Celui-là, on le met où ?”
Tout le monde éclate de rire.
Et à partir de ce moment-là, elle trouve enfin sa place dans l’équipe.
Elle aide. Soigne des blessures. Fait même des points de suture à un Sherpa.
Le sommet… puis l’enfer
Quand Fabienne parle de l’Everest, il n’y a aucune glorification.
Elle parle des avalanches. Des séracs qui craquent la nuit. Des corps qui lâchent.
Puis viennent les complications.
Une crise de Crohn à plus de 6000 mètres. Une perte de poids énorme. Le risque permanent d’être évacuée.
Pour réussir la pesée médicale obligatoire, elle glisse même des pierres dans ses poches pour paraître plus lourde.
Puis arrive la montée finale.
Le masque à oxygène qu’elle supporte mal. L’épuisement. Le froid.
À plus de 8000 mètres, elle croise un alpiniste décédé. Elle atteint finalement le sommet de l’Everest. Mais elle le dit très clairement :
“Au sommet, je pensais surtout à la descente.”
Quelques heures plus tard, un bloc de glace lui tombe sur la jambe droite.
Puis son genou commence à hémorragier.
“Là, il n’y a plus de mental. Il y a juste : tu mets un pied devant l’autre.”
Mingmar
Dans tout son récit, un nom revient constamment : Mingmar, son Sherpa.
Quand Fabienne redescend blessée et épuisée, c’est lui qui veille sur elle toute la nuit au camp 2.
Il la réveille régulièrement pour lui faire boire du thé chaud. Lui réchauffe les mains. La maintient éveillée.
“C’est devenu quelqu’un de ma famille.”
Le Manaslu et la violence ordinaire
En 2024, Fabienne repart au Manaslu.
Mais cette fois, l’expédition prend une autre tournure.
Un alpiniste slovène l’interpelle constamment.
“The fucking French woman.” “Tu n’as pas vraiment fait l’Everest.” “On t’a portée.”
Jour après jour, il la rabaisse devant les autres.
Personne ne réagit.
Personne ne le recadre.
Et Fabienne encaisse jusqu’au trek retour, après des semaines de fatigue et d’altitude.
Puis un soir, après une remarque de trop :
“Je lui ai foutu une tatane dans la tronche.”
Elle éclate de rire en racontant ça.
Mais derrière cette scène, il y a surtout l’usure immense de devoir sans cesse justifier sa place.
Parce qu’elle est une femme. Parce qu’elle est malade. Parce qu’elle refuse les limites qu’on voudrait lui imposer.
“Le handicap n’est pas une fin”
À la fin de notre échange, Fabienne revient sur quelque chose d’essentiel.
“Il y a des jours où je ne peux pas marcher… et pourtant il y a des jours où je fais un 8000.”
Puis elle ajoute :
“Le handicap, ce n’est pas une fin en soi. Le chemin sera juste différent.”
Aujourd’hui, prépare une nouvelle expédition vers les Gasherbrum, au Pakistan. Et en refermant cette interview, je ne retiens pas seulement l’Everest.
Je retiens une femme qui refuse qu’on décide à sa place de ce qu’elle est capable de vivre.
Vous pouvez suivre les prochaines aventures de sur Instagram : Le Piolet de Verre
Mais aussi soutenir la prochaine expédition de Fabienne en participant à la cagnotte ici : https://www.leetchi.org/fundraisers/clara-chaperon
Chez Climbing Bitches Instagram, on suivra aussi sa prochaine expédition au Pakistan. Parce que certaines histoires méritent d’être racontées jusqu’au bout.
Portrait sportif / grimpeur inspirant
Marie-Laure, alpiniste diabétique : grimper avec un corps qu’on ne contrôle pas toujours
Chez Climbing Bitches, on aime les récits qui déplacent les lignes. Pas seulement les récits de performance. Les récits de corps, de résistance, de réinvention. Ceux qui montrent qu’on peut faire autrement, qu’on peut prendre sa place là où on ne nous attend pas, et avancer même quand le cadre semble avoir déjà décidé pour nous. Marie-Laure, coach pro dans le contrôle aérien suisse, fait partie de ces femmes-là.
Quand elle se présente, un mot revient presque immédiatement : la montagne. Pas comme un décor, pas comme un hobby, mais comme quelque chose de profondément transformateur. “Quand je rencontre quelqu’un, au bout de trente secondes, il y a le mot montagne qui sort”, dit-elle. C’est sa passion, mais aussi ce qui a changé sa vie.
Aujourd’hui, elle mène un projet hors norme : devenir la première Française diabétique à réaliser un 8000 mètres au Népal. Mais réduire son parcours à cet objectif serait passer à côté de l’essentiel. Car derrière l’expédition, il y a une histoire bien plus vaste : celle d’une jeune fille à qui l’on a annoncé brutalement, à 13 ans, qu’elle était diabétique de type 1. Et qu’en plus, “le sport, c’est fini”.
Pour beaucoup, ce type de phrase agit comme une condamnation. Pour elle, ce fut un point de départ.
“Je suis assez rebelle”, raconte-t-elle. Alors elle accepte la maladie, parce qu’elle n’a pas le choix. Mais elle refuse la limitation qu’on voudrait lui imposer avec. Son quotidien devient celui d’une personne qui doit faire “le travail de son pancréas” à sa place, avec des injections d’insuline chaque jour, une attention constante à son taux de sucre dans le sang, et une adaptation permanente. Une charge invisible, que beaucoup ne voient pas.
La montagne, elle, n’était même pas une évidence au départ. Marie-Laure vient de région parisienne, ne se sentait pas particulièrement attirée par le froid ou l’alpinisme. Et puis un jour, presque par hasard, elle découvre un sommet, la Grande Rochette, lors d’un séjour à La Plagne. Le lendemain, seule, sans matériel, elle monte. Il y a un départ d’avalanche, elle est secourue. Un moment charnière. Un de ceux qui bouleversent un rapport au vivant.
À cet instant, quelque chose s’ouvre. La peur n’éteint pas l’appel, elle le révèle. “Je me suis dit : en fait, je suis vivante.”
À partir de là, tout change. Elle commence à s’entraîner sérieusement, d’abord en trail, puis en haute montagne. Elle apprend, elle se forme, elle accumule les expériences, les sommets, les adaptations. Elle apprend aussi à ne plus cacher son diabète. Parce qu’au début, comme beaucoup, elle a tenté de le garder pour elle.
Un jour, après une course dans le désert, un champion lui tend son propre trophée. Elle vient de terminer 7e féminine sur un 75 kilomètres, et il lui dit, en substance : avec ce que tu fais avec ton diabète, ton parcours est encore plus fort. Ce geste agit comme un déclencheur. Quelque chose se réaligne. Ce qu’elle vit ne doit plus être dissimulé. Au contraire : cela mérite d’être montré.
C’est là qu’un autre projet commence à prendre forme. Plus haut, plus ambitieux, mais aussi plus collectif. D’abord un 7000 mètres. Puis, aujourd’hui, un 8000 au Népal. Non pas pour cocher un sommet, mais pour ouvrir un espace. Pour montrer qu’un corps diabétique n’est pas un corps condamné à renoncer. Pour donner de l’espoir à des enfants à qui l’on annonce encore trop souvent la maladie comme une fermeture plutôt qu’un défi à apprivoiser.
“L’objectif, ce n’est pas juste : je fais un 8000. C’est aussi qu’un enfant diabétique puisse se dire : elle l’a fait, donc moi aussi je peux faire du foot, de la natation, de la grimpe, du bloc.”
Le projet est aussi scientifique. Parce qu’à haute altitude, la question du diabète est encore très peu documentée. Lors d’une première expédition sur un 7000, l’insuline gèle. Sans insuline, elle meurt. Voilà la réalité nue. L’expédition s’arrête là. Pas à cause de la forme physique, pas à cause du mental, mais parce qu’aucune solution n’existe alors pour protéger le traitement dans ces conditions extrêmes.
Ce retour est violent. Mais fidèle à ce qu’elle raconte de son parcours depuis le début, elle ne s’arrête pas sur l’échec. Elle s’adapte.
Avec l’un de ses sponsors, Salewa, elle travaille à la création de pochettes spécifiques pour protéger l’insuline du froid. L’année suivante, elle repart sur un 6000, dans des conditions très dures, avec du vent violent et un froid extrême. Cette fois, le système tient. Le projet peut continuer.
Ce qui frappe dans son récit, c’est cette façon de parler de la maladie sans dramatisation, mais sans minimisation non plus. Elle ne romantise rien. Elle décrit un effort constant, un calcul de chaque instant, une vigilance invisible. Elle explique que tout repose sur l’expérience, sur les essais, sur la connaissance intime de son propre corps. Rien n’est vraiment documenté. Il faut apprendre en marchant. Et parfois inventer ce qui n’existe pas.
Mais il y a aussi autre chose dans son parcours : la place des femmes. Ou plutôt, la difficulté à la prendre dans des milieux qui se disent ouverts, alors qu’ils restent souvent traversés par les mêmes logiques d’exclusion.
Marie-Laure en parle avec beaucoup de justesse. Le fait d’être systématiquement sous-estimée. De voir ses performances minimisées. D’entendre toujours une réserve, un “oui mais”. Oui, mais ce n’était pas technique. Oui, mais ce n’était pas si haut. Oui, mais quand même…
Et puis il y a les relations ambiguës, les faux soutiens, les entraînements qui dérapent, les hommes qui ne sont pas là pour la montagne mais pour autre chose. Il y a les partenaires qui se retirent quand une femme refuse l’ambiguïté. Il y a la violence de voir sa préparation parasitée par des logiques d’ego ou de domination.
Dans ses mots, comme dans les tiens, on sent à quel point ce sujet est encore minimisé. Comme si le simple fait de le nommer devenait déjà gênant. Comme si dénoncer l’ambiance n’était pas “sportif”. Comme s’il fallait toujours continuer à faire semblant que tout va bien.
Et pourtant, elle le dit clairement : il y a aussi des hommes extraordinaires. Des vrais partenaires. Des passionnés. Des gens respectueux, soutenants, fiables. Des personnes qui ne font pas de différence entre elle et un autre partenaire de montagne, ni à cause de son sexe, ni à cause de son diabète. Ce contraste est important. Le sujet n’est pas de distribuer les bons et les mauvais points. Le sujet, c’est de parler vrai.
Dans la montagne comme ailleurs, ce qu’elle recherche, ce n’est pas l’inclusion de façade. C’est la sincérité de la passion. Le respect dans l’action. Le lien de cordée au sens plein : celui où ce que tu fais a un impact direct sur l’autre.
À l’écouter, on comprend aussi que son projet dépasse largement l’ascension. Ce qu’elle construit, c’est une vie qui lui ressemble. Une vie où elle ne grimpe plus seulement pour elle, mais aussi pour transmettre, ouvrir, documenter, encourager. Une vie où la montagne devient un lieu de vérité.
Quand on lui demande ce qu’elle aimerait laisser comme message, sa réponse est simple et bouleversante : penser à soi à 80 ans. Être capable de se demander si l’on sera fière de ce qu’on a osé. Si l’on pourra rire en se disant qu’on a eu l’audace de tenter.
C’est peut-être ça, au fond, la force de son parcours. Pas seulement de grimper haut. Mais de le faire sans renoncer à elle-même. Sans cacher ce qu’elle traverse. Sans attendre d’être parfaitement légitime pour exister dans cet espace.
Marie-Laure ne grimpe pas pour entrer dans une case. Elle grimpe pour l’ouvrir.
Et on a hâte de suivre la suite. Pour suivre les aventures de Marie-Laure, c’est ici.
Rencontre
Benjamin Védrines : l’élégance du mouvement, la vérité de l’homme
Rencontrer Benjamin Védrines, c’est être surpris par la simplicité. Pas de posture, pas de mythologie fabriquée, pas de récit héroïque théâtralisé. Juste un homme calme, attentif, qui parle de la montagne comme on parle d’une relation : avec respect, lucidité et sensibilité.
Je l’ai croisé dans un contexte informel à L’Ice Climbing Ecrins aux côtés de son ami Simon Gérard, photographe. L’échange, d’abord sérieux, s’est rapidement teinté d’humour — au point que nous avons improvisé un mini rap tous les trois. Un moment inattendu, un peu absurde, mais révélateur : même dans la légèreté, Benjamin reste aligné avec ce qu’il est — accessible, sincère, et libre.
Pourtant, son parcours pourrait facilement l’ériger en figure presque inatteignable de l’alpinisme contemporain. À 33 ans, cet alpiniste professionnel originaire des Hautes-Alpes s’est imposé parmi les grands noms de sa discipline : record d’ascension du K2 en 2024, premier décollage en parapente depuis un sommet de plus de 8 000 mètres, enchaînements engagés sur certaines des plus grandes faces nord des Alpes… Une trajectoire qui impressionne, mais qui ne le définit pas entièrement.
Ce qui frappe surtout, c’est sa vision de la montagne.
Pour Benjamin Védrines, l’alpinisme n’est pas une accumulation de sommets, mais un dialogue permanent avec le terrain. Il ne cherche pas à “dominer” la montagne : il s’y adapte, l’écoute, compose avec elle. Son approche est rapide, fluide, mais profondément réfléchie. Chaque mouvement semble pensé non comme une performance brute, mais comme une écriture dans le paysage.
Dans son sac, il y a toujours un petit opinel — léger, simple, essentiel. Une métaphore presque parfaite de sa philosophie : aller à l’essentiel, sans artifice, sans superflu.
Quand il parle de lui, il se décrit comme un “aventurier de ses propres rêves”. Une formule qui pourrait sembler poétique, mais qui traduit surtout une cohérence de vie : depuis ses 16 ans, il avance guidé par une ligne claire — celle du sens, de l’élégance du geste, et de la fidélité à ses aspirations profondes.
Au fil de notre échange, il évoque aussi le mental, cette frontière fragile entre contrôle et lâcher-prise. Ces moments suspendus au-dessus du vide où chaque décision engage tout. Là, dit-il, l’alpinisme révèle autant l’homme que l’athlète.
Son travail ne se limite pas aux ascensions. À travers ses films et projets — notamment Back to K2 et Edge of Reason — il propose une autre manière de raconter la montagne. Pas seulement comme un terrain d’exploits, mais comme un espace de questionnement, d’émotions et de transformation personnelle. Ses récits donnent à voir les doutes autant que les victoires, les fragilités autant que la force.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait que l’on retienne de lui, sa réponse est frappante de profondeur :
“Avant mes performances, j’aimerais qu’on retienne l’homme que j’étais, l’homme que je suis, et celui que je vais devenir.”
Tout est là. Chez Benjamin Védrines, il n’y a pas seulement des sommets — il y a une trajectoire humaine, une éthique, une manière d’être au monde.
Ses projets à venir s’inscrivent dans cette continuité : nouvelles explorations, lignes inédites, défis techniques, mais toujours avec la même quête de justesse. Loin de l’escalade spectaculaire pour les caméras, il privilégie l’engagement réfléchi, la beauté du mouvement et le respect du milieu.
En quittant cette rencontre, une conviction s’impose :
Benjamin Védrines ne conquiert pas la montagne — il s’y accorde. Et c’est peut-être pour cela qu’il y évolue avec autant de grâce.
Pour voir ma rencontre avec Benjamin c’est ici
Portrait sportif / grimpeur inspirant
Black Diamond présente : « HARD SENDS » avec Seb Bouin —WOLF KINGDOM (9B+)
L’athlète Black Diamond Seb Bouin nous ramène à sa falaise locale du Pic Saint-Loup, où il ouvre la véritable ligne royale de la paroi : Wolf Kingdom.
Pour Seb Bouin, qui depuis plusieurs années ouvre et répète les voies les plus dures du monde, Wolf Kingdom marque un tournant dans sa carrière.
Situé à 25 minutes de Montpellier, le Pic Saint Loup est adossé aux premiers contreforts cévenols dans la zone des Garrigues nord de Montpellier. Son sommet, à 658 m d’altitude, est marqué par une chapelle et une croix offrant un panorama sur la garrigue.
Oui, la voie est cotée 9b+/5.15c. Et oui, c’est aussi une ligne royale extrêmement esthétique, tracée sur une magnifique falaise calcaire en France. Mais pour Seb, le déclic ne vient pas seulement de la difficulté. C’est le processus qui a tout changé.
« Réussir un projet aussi ambitieux tout en restant heureux et positif du début à la fin, c’est une sensation incroyable », explique Seb.
Dans ce nouvel épisode de Hard Sends présenté par Black Diamond, on plonge dans la démarche de Seb, tout en découvrant les impressions d’autres légendes de la grimpe, comme Adam Ondra, qui commencent à s’essayer à ses voies.
Le Wolf Kingdom, un univers de haut niveau en escalade sportive, où seuls quelques grimpeurs comme Seb figurent tout en haut de la chaîne alimentaire.
(Crédits photo : Sam Bié)
Rencontre
Rencontre avec Pietro Dal Pra, créateur de chaussons pour La Sportiva
Grimpeur de légende — et d’une autre génération, comme il le dit lui-même — Pietro Dal Pra est une des figures emblématiques de La Sportiva. Nous avons eu la chance de le rencontrer et de partager avec lui sa vision de l’escalade lors de notre voyage en Italie pour les Journées Presse Internationales au sein de la marque iconique.
❤️ Une grimpe habitée
Éternel amoureux du rocher, Pietro incarne une vision rare et précieuse de l’escalade : celle d’un langage corporel, d’un dialogue intime avec la pierre, d’une quête de justesse plus que de puissance. Pour lui, grimper est plus qu’un sport : c’est presque une religion. Il considère l’escalade comme un cadeau de la vie, et nous encourage à la vivre comme telle. Rencontre et présentations.
✨ Grandir dans les Dolomites, apprendre à écouter la montagne
Né en 1971 à Vicence, en Italie, Pietro Dal Pra a grandi au pied des Dolomites. Très tôt, son père l’initie à la verticalité. Pas pour battre des records, mais pour se connecter à un environnement vivant, imprévisible, presque sacré.
« Mon père m’a appris à grimper quand j’étais enfant, et c’est devenu un besoin vital. »
Ce besoin ne le quittera jamais. Adolescent, il enchaîne les grandes voies et devient rapidement l’un des grimpeurs les plus talentueux et inspirants de sa génération. Mais loin de l’arrogance, Pietro continue de grimper en écoutant. Écoutant le rocher, ses sensations, son corps.
À l’adolescence, il devient l’un des plus jeunes grimpeurs à atteindre des niveaux de difficulté extrêmes. Plus tard, il obtient le diplôme de guide de haute montagne à l’âge de 21 ans. Son parcours l’amène à collaborer étroitement avec La Sportiva, contribuant au développement de chaussons d’escalade innovants, tout en incarnant les valeurs de passion et d’engagement chères à la marque.
🧩 L’escalade comme langage
Pour Pietro, grimper n’est pas une simple activité physique. C’est un art du mouvement, une forme de méditation active.
« Ce que je recherche dans l’escalade, ce n’est pas juste la performance. C’est une forme de langage, une manière d’entrer en connexion avec la paroi, avec la nature, avec soi-même. »
Dans ses ascensions, il cherche toujours la ligne juste, le mouvement qui a du sens. La beauté du geste prime sur la gloire du chiffre. Il ne s’agit pas de vaincre la paroi, mais de l’apprivoiser avec grâce.
👣 La Sportiva : entre exigence et complicité
Dans ce chemin de grimpeur, Pietro rencontre très tôt La Sportiva. Plus qu’un simple partenariat, c’est une relation de confiance et de co-création qui s’installe.
Car La Sportiva, tout comme Pietro, croit que chaque détail compte.
« Le chausson, c’est l’interface entre toi et le rocher. Il doit être sensible, précis, vivant. »
Pietro participe au développement de modèles techniques pensés pour ressentir, pour coller au rocher, pour amplifier les sensations plutôt que les masquer. Avec La Sportiva, il partage une même obsession : celle de la justesse.
🔶 Modèles phares co-développés avec Pietro Dal Pra
La Sportiva Miura : célèbre pour sa précision, idéal en dalle et dévers technique.
La Sportiva Katana : polyvalent, sensible, un chausson pour sentir la paroi sans la brutaliser.
La Sportiva Genius : technologie No-Edge, pour coller au rocher comme une seconde peau.
👉 Ces chaussons incarnent la philosophie de Pietro : ressentir avant tout, faire du pied un prolongement du corps. Pour celles et ceux qui grimpent avec le cœur et les sensations.
📦 Et le tout dernier : Ondra Comp, dont on fera bientôt un article et un test complet.
💬 Une parole qui inspire
Aujourd’hui encore, la voix de Pietro résonne fort dans la communauté. Pas pour dicter quoi que ce soit, mais pour rappeler ce qui compte : la connexion, l’authenticité, la beauté du geste.
« L’escalade, ce n’est pas juste monter. C’est écouter la paroi. »
Dans un monde parfois happé par les records et la visibilité, cette approche humble et sensible nous rappelle que grimper peut être un acte poétique. Et que la voie la plus dure n’est pas toujours celle qu’on croit.
📌 En résumé
Pietro Dal Pra nous enseigne que grimper, c’est ressentir, pas seulement performer.
La Sportiva, marque italienne fondée en 1928, partage cette même philosophie du détail au service de la sensation.
À travers ses mots, Pietro nous invite à redonner du sens à nos mouvements, à écouter plus qu’à imposer.
✍️ Tu veux aller plus loin ?
📺 Regarde l’interview complète de Pietro sur notre Instagram 💬 Et dis-nous en commentaire : c’est quoi, pour toi, l’essence de l’escalade ?
🎒 La Sportiva – Une marque enracinée dans la montagne
Depuis sa fondation en 1928 par Narciso Delladio à Tesero, au cœur des Dolomites italiennes, La Sportiva s’est imposée comme une référence mondiale dans la fabrication de chaussures et d’équipements techniques pour la montagne.
Initialement spécialisée dans les chaussures pour agriculteurs et bûcherons, l’entreprise a su évoluer pour répondre aux besoins des alpinistes et grimpeurs, en développant des produits innovants et performants — tout en restant fidèle à ses racines montagnardes.
(Photos par Marina Testarmata pour La Sportiva / 27-06-2025)
Portrait sportif / grimpeur inspirant
« Flashed » : La première ascension flash d’El Capitan par Babsi Zangerl & Jacopo Larcher
Un film qui retrace la première ascension flash d’El Capita, par les athlètes Black Diamond Babsi Zangerl & Jacopo Larcher.
Une seule tentative. C’est tout ce qu’il a fallu à Babsi Zangerl pour enchaîner les 1000 mètres de Free Rider (VI 5.13a / 7c+) sur El Capitan.
Barbara Zangerl (née le 24 mai 1988) est une grimpeuse autrichienne considérée comme l’une des meilleures grimpeuses au monde. Elle a atteint, les plus hauts niveaux réalisés par des femmes dans toutes les grandes disciplines de l’escalade sur rocher : le bloc, l’escalade traditionnelle, l’escalade sportive, les grandes voies.
Elle a été la première femme à réussir un bloc coté 8A+/8B (V12/13) avec Pura Vida en 2008, et elle a répété certaines des voies trad les plus dures du monde, notamment Meltdown (Vallée du Yosemite, USA) en 2023, cotée de 8c+ (5.14c) qui reste la voie traditionnelle la plus difficile réalisée par une femme.
Jacopo Larcher quand à lui, fait office de référence dans le monde de l’escalade traditionnelle. Il a marqué les esprits par son ascension de « Tribe » à Cadarese en Italie en 2019, considérée comme l’une des plus exigeantes au monde.
n novembre dernier, Babsi & Jacopo se sont lancés dans une tentative à vue depuis le sol. Trois jours de lutte contre des dalles lisses comme du verre, des off-widths redoutables et des passages aussi subtils qu’engagés. Au terme de cet effort monumental, Babsi a atteint le sommet, devenant la première personne à flasher El Cap.
Mais ce n’est que la version « noir sur blanc » de ces trois jours marquants. Ce qui s’est réellement joué là-haut a été filmé, et raconte une histoire bien plus profonde, celle de l’amour, du couple et de la personnalité.
Voici le récit authentique de l’ascension épique de Babsi et Jacopo, à découvrir sans filtre en vidéo :
Portrait sportif / grimpeur inspirant
1950-2025 : pour les 75 ans de l’ascension de l’Annapurna, l’hommage de Sophie Lavaud
À l’occasion du 75e anniversaire de la première ascension du sommet de l’Annapurna par Louis Lachenal et Maurice Herzog en 1950, Sophie Lavaud, première alpiniste française à avoir gravi les 14 8000m, souhaite leur rendre hommage à sa manière.
Si l’Annapurna I (8 091 m) est le sommet le plus emblématique de la chaîne des Annapurnas, celle-ci en compte quatre dont l’altitude varie entre 7 525 m et 8 091 m. Pour célébrer cette anniversaire Sophie Lavaud se lance le défi d’honorer cette chaîne des Annapurnas et de rendre hommage aux pionniers tout au long de l’année 2025, avec pour premier objectif de tenter l’ascension de l’Annapurna IV.
Un hommage à l’histoire de l’alpinisme
Le 3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal réalisaient la première ascension d’un sommet de plus de 8 000m, l’Annapurna I, marquant ainsi le début de l’ère des conquêtes himalayennes par les occidentaux. Cette ascension historique a ouvert la voie à de nombreuses autres expéditions, inspirant des générations d’alpinistes.
Pour cette himalayiste conférencière dont la vie a définitivement basculé il y a plus de 13 ans dans l’alpinisme de très haute altitude avec sa première ascension du Shishapangma, cette année revêt une importance particulière en raison de cet anniversaire marquant. 75 ans plus tard, Sophie Lavaud, qui a elle-même atteint le sommet de l’Annapurna I en 2019, rend hommage à cette aventure pionnière en se lançant ce premier nouveau défi.
Une nouvelle aventure sur l’Annapurna IV
Dès le printemps 2025, Sophie repartira accompagnée de Dawa Sangay Sherpa et leur équipe pour un nouveau camp de base et comme premier objectif : l’Annapurna IV (7 525m).
Le départ de l’expédition est prévu le 20 mars et marquera une nouvelle étape dans sa quête de hauteur.
Une carrière atypique
Née en 1968 à Lausanne, sa vie ne la prédisposait pas à une carrière d’alpiniste amateur. Après plusieurs années dans le commerce et le marketing de l’hôtellerie de luxe et de la cosmétique, c’est petit à petit, vers la trentaine, que Sophie Lavaud se tourne vers l’alpinisme. Elle va bâtir sa réputation pas à pas, au rythme de ses ascensions, sans rechercher une quelconque performance. Simplement, Sophie Lavaud marque de son emprunte l’alpinisme. Il lui faudra 11 ans et 22 expéditions pour réaliser un rêve qu’elle n’avait pas prémédité : enchaîner les quatorze 8 000. C’est donc le 26 juin 2023 qu’elle réussira l’exploit ultime de devenir la première personne de nationalité française et canadienne à atteindre les quatorze sommets situés à plus de 8 000m, mais également la première suissesse.
Personnalité inspirante, Sophie Lavaud souhaite aujourd’hui transmettre aux nouvelles générations pour que la beauté de l’himalayisme perdure. Elle encourage à réaliser ses rêves, repousser ses limites tout en respectant et préservant la beauté des montagnes.
Les 14 sommets à plus de 8 000 mètres en 11 ans :
1. 2012 : Cho Oyu (8 188 m) 2. 2014 : Everest (8 848,86 m) 3. 2015 : Gasherbrum II (8 035 m) 4. 2016 : Makalu (8 485 m) 5. 2017 : Broad Peak (8 051 m) 6. 2018 : K2 (8 611 m) 7. 2019 : Annapurna I (8 091 m) 8. 2019 : Kangchenjunga (8 586 m) 9. 2019 : Gasherbrum I (8 080 m) 10. 2021 : Dhaulagiri (8 167 m) 11. 2022 : Lhotse (8 516 m) 12. 2022 : Manaslu (8 163 m 13. 2023 : Shishapangma (8 027 m) 14. 26 juin 2023 : Nanga Parbat (8 126 m)
Suivez l’expédition
Pour suivre son aventure sur l’Annapurna IV, rendez-vous sur son site officiel et ses réseaux sociaux : FaceBook & Instagram
Crédits photos :
(1) Manaslu true summit 8163m @6.50am par Lakpa Temba Sherpa
(2) Combe ouest du Lhotse depuis le camp 1 Lhotse en fond photo par Sophie Lavaud
(3) Camp 4 du K2 (2018) par Dawa Sangay Sherpa
Infos presse : Agence MRP
Rencontre
Rencontre avec Charles Dubouloz, Alpiniste et Guide de Haute Montagne
Charles Dubouloz est alpiniste, guide de haute montagne et véritable passionné de nature. Originaire de la région d’Annecy en Haute-Savoie, il a grandi au pied des montagnes, nourrissant dès son plus jeune âge l’envie de conquérir les sommets. Ce qu’il apprécie par-dessus tout ? Être immergé dans les éléments naturels : montagnes, rochers, glace et neige.
L’un de ses récents exploits en date : l’ouverture d’une nouvelle voie avec Symon Welfringer dans une face vierge du Hungchi, un sommet de 7029 mètres à la frontière entre le Népal et le Tibet, en mai dernier. Mais Charles est aussi devenu une figure emblématique de l’alpinisme grâce à son ascension solitaire des Grandes Jorasses début 2022. Sur la voie Rolling Stones, il a affronté 1200 mètres de paroi abrupte, sans voir le soleil, dans des températures atteignant -35°. Un défi de six jours et cinq nuits, devenu l’une des plus belles ascensions solitaires de ces dernières années.
Aujourd’hui, nous avons le privilège de plonger dans l’univers de cet alpiniste hors du commun. Au-delà de ses exploits techniques, Charles incarne l’endurance, la persévérance et une véritable passion pour l’aventure.
Dans cette interview, il nous ouvre les portes de son quotidien : ses réflexions, ses inspirations, ses projets à venir, mais aussi la beauté brute et l’humilité qu’il trouve au sommet des montagnes. Que vous soyez passionné d’alpinisme ou simplement curieux de découvrir ce monde fascinant, cette interview vous donnera un aperçu unique des défis, des risques et de la liberté que l’aventure en montagne offre.
Question : Est-ce que tu peux, dans les grandes lignes, te présenter et raconter un petit peu ton parcours ?
Réponse : Je vais me présenter de manière assez factuelle. Je m’appelle Charles Dubouloz, j’ai 35 ans, et je suis guide de haute montagne. C’est ma profession de base. Je suis aussi alpiniste professionnel depuis plusieurs années, ce qui signifie que je vis de mon sport, grâce à mes sponsors. Je passe le plus clair de mon temps à m’entraîner et à grimper, que ce soit pour moi ou pour des projets. J’ai ouvert de nombreuses voies et fait des répétitions difficiles, en solo et en cordée. J’ai aussi réalisé des expéditions dans des endroits comme l’Himalaya, le Pakistan, le Népal, et l’Inde. C’est vraiment ce qui m’attire aujourd’hui. Je passe mon temps dehors à grimper, faire du parapente, du ski, et profiter des montagnes.
2. Sur l’origine de ta passion :
Question : Ça a commencé à quel âge ?
Réponse : J’ai commencé assez jeune, mais je ne suis pas originaire de Chamonix, je viens d’Annecy, au pied des montagnes. Dès mon enfance, je me suis tourné vers des sports en plein air, mais pas forcément de manière très technique. C’était plutôt des sports d’endurance, comme le trail et le ski-alpinisme. J’ai commencé à m’y adonner sérieusement entre 10 et 16 ans. Je me concentrais sur le cardio et j’adorais ça. En fait, je suis arrivé à la montagne à travers une logique de vitesse, de monter vite au sommet, pas forcément de manière technique, mais l’idée était de foncer, de donner tout ce que j’avais. C’est cette sensation d’être dehors qui m’a attiré. Au fur et à mesure, je suis naturellement passé vers des ascensions plus techniques. En escalade, il y a cette concentration presque perpétuelle, une fixation sur l’instant, et c’est ce que j’ai trouvé de magique. L’engagement, la rusticité, le froid… tout ça m’a vraiment plu. J’ai donc passé mon diplôme de guide et j’ai continué à faire des ascensions difficiles. Voilà un peu mon parcours.
3. Sur la profession de guide :
Question : Et aujourd’hui, tu vis à 100% de ta passion. Tu divises ton temps entre les expéditions et ton travail de guide ?
Réponse : Oui, c’est vrai, aujourd’hui, je ne travaille plus vraiment comme guide à plein temps. Au début, c’était mon métier de base, mais depuis que j’ai suffisamment de sponsors et que je vis de l’alpinisme, j’en ai moins besoin financièrement. Mais en revanche, le guide, c’est aussi un métier que j’aime profondément. Au bout de quelques années, j’ai ressenti le besoin de revenir à ce métier, mais de manière plus ponctuelle. Ça me permet de sortir en montagne, sans être centré sur moi-même, de partager la montagne avec d’autres, et ça, c’est super gratifiant. La semaine dernière, par exemple, j’ai bossé trois jours en cascade de glace avec un client, Arnaud, un bon ami. Je continue à guider environ deux à trois jours par mois, surtout avec des gens que je connais depuis longtemps. C’est une super relation que j’entretiens avec les gens, et ça rend l’expérience encore plus agréable. Après, étant donné que je n’en ai plus besoin pour vivre, je fais ça quand j’en ai envie. C’est d’autant plus agréable.
4. L’évolution de l’alpinisme :
Question : Est-ce que tu as vu une évolution dans l’alpinisme ces dernières années ?
Réponse : L’alpinisme a évolué à travers la popularisation de certaines pratiques, notamment l’escalade en salle, qui a explosé avec les salles de bloc qui poussent partout. Ça ouvre la discipline à un public beaucoup plus large. Cependant, beaucoup de gens s’arrêtent à la salle de bloc, un peu comme au fitness, et c’est très bien pour s’entretenir. Mais il y en a aussi beaucoup qui franchissent la porte pour aller plus loin, pour tester des choses dehors. Le trail a eu le même effet, et c’est génial pour faire découvrir la montagne à davantage de personnes. En revanche, en ce qui concerne l’alpinisme pur, il reste une discipline un peu plus exclusive. Il faut du matériel, de l’expérience, et des compétences. Ça coûte cher, et même si certaines associations et clubs permettent d’y accéder plus facilement, ça reste une pratique où l’expérience est cruciale. Je ne pense pas que l’alpinisme soit un sport qui se démocratise vraiment en nombre, même s’il y a un certain changement dans le profil des pratiquants.
5. L’avenir et l’après :
Question : Et toi, quels sont tes projets pour l’avenir ? Qu’est-ce qui te tient à cœur ?
Réponse : Je suis arrivé à un stade où, sportivement, je connais bien le processus d’ascension. Grimper, réussir une voie, la redescendre, en parler, communiquer… je le fais déjà depuis un moment, et même si c’est génial, j’ai envie de découvrir de nouvelles choses. J’ai encore des projets d’envergure, comme ouvrir une ou deux nouvelles voies en Himalaya ou peut-être réaliser une grande aventure solitaire en hiver dans les Alpes. Mais au-delà de ça, je commence à réfléchir à l’après. Je suis dans une période où j’ai envie de trouver quelque chose qui puisse me remplir autant que la montagne l’a fait jusqu’à présent. Cela dit, je ne compte pas arrêter complètement. L’alpinisme de haut niveau, technique et engagé, ça va probablement s’arrêter un jour, mais je continuerai toujours l’escalade sportive, le bloc, et tout ce qui me fait vibrer dehors.
6. Un conseil pour les débutants :
Question : Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans l’alpinisme ?
Réponse : Il n’y a pas de personne prédestinée. Il suffit d’avoir de la détermination et d’être prêt à investir du temps et de l’énergie. Je connais des gens de toute la France, pas forcément originaires de régions montagneuses, qui sont devenus de grands alpinistes. L’essentiel, c’est d’avoir envie et de faire preuve de patience. L’alpinisme, c’est une discipline qui demande du temps, mais l’expérience et la sensation de vivre en montagne en valent vraiment la peine. Peu importe d’où tu viens, ce qui compte, c’est ta motivation.
Crédit photos : Agence MRP / Charles Dubouloz / Antoine Mesnage
Portrait sportif / grimpeur inspirant
Immersion hivernale au pays des cascades de glace, la mystérieuse Islande
L’alpiniste Charles Dubouloz, accompagné d’amis et guides de haute-montagne Symon Welfringer, Antonin Cecchini et Aurélien Vaissière, revient d’une plongée exploratoire dans l’univers magique et mystique de l’Islande. Au programme cascades de glace plongeant à pic dans la mer de Norvège, paysages glacés à perte de vue, et solitude totale.
LE TOPO
–LES DATES DE VOYAGE – du 27 janvier au 5 février 2025.
–STEP 1 – Reykjavik (capitale) – à ses abords –STEP 2 – Akureyri et Kaldakinn – au nord de l’île – la team rencontre sur place des conditions extrêmement changeantes propres au climat insulaire : un – 20 glacial suivi d’un fort réchauffement les jours d’après, dans un paysage lunaire extraordinaire, les cascades de glace plongeant à pic dans la mer de Norvège. Un vrai conte de fées –STEP 3 – Bildudalur – Charles et ses amis profitent de leur dernière escale malgré un vent très violent
Charles et sa team © Charles Dubouloz / Infos presse : Agence MRP
Pour suivre les aventures de Simon et Charles ça se passe aussi sur Instagram : Charles Dubouloz / Simon Welfringer
Interview
Rencontre avec Oriane Bertone
Retour sur ma rencontre avec @oriane_bertone au @salondelescalade ! Elle a répondu à la p’tite interview habituelle des Climbing Bitches avec beaucoup de fraîcheur et de spontanéité, on adore 😊 Une grande athlète, doublée d’une belle personne.
L’interview est a voir sur notre page Instagram :
Les Climbing Bitches sont là pour t'accompagner.
On est tou(te)s passé(e)s par là !
@climbing_bitches