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lun. 19 oct. 2026

Symon Welfringer : « Mon everest, c'est de savoir rester vivant »

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Piolet d'Or 2021, dix ans d'expéditions aux quatre coins du monde, et pourtant : à 32 ans, Symon Welfringer dit avoir appris l'essentiel en faisant demi-tour. Rencontre avec un alpiniste qui veut ouvrir la montagne à toutes et à tous, et pour qui le vrai sommet, c'est de rentrer vivant.

 

C'est au pop-up store Millet x Element du Vieux Campeur qu'on a retrouvé Symon Welfringer, le 1er octobre, pour le lancement du deuxième chapitre de la collab entre la maison annécienne Millet, centenaire de l'équipement de montagne, et Element, marque américaine née de la culture skateboard. Athlète Millet, Symon fait partie de la nouvelle génération d'alpinistes avec laquelle la marque collabore. Casquette vissée sur la tête, il se présente comme « grimpeur et montagnard professionnel, et heureux de l'être ». Mais aussi comme météorologue : il travaille à Météo-France, où il écrit les bulletins du lendemain et du surlendemain. « Quand ça va plus loin, je suis un peu moins sûr de moi », sourit-il.

Tout a commencé en Moselle, près de Metz, sur la petite falaise de Montois. Sept mètres de haut, que des voies en moulinette. C'est là qu'il apprend à grimper avec sa mère, vers deux ou trois ans. Foot, kayak : il touche à d'autres sports, mais c'est l'escalade qui lui ouvre le monde. « Ma vie s'est construite autour de ce sport. Mes amis, aujourd'hui, sont essentiellement là, et les partenaires avec qui je travaille aussi. »

Depuis, il enchaîne les expéditions : quinze jours suspendu à une paroi pakistanaise avec les Belges Sean Villanueva et Siebe Vanhee, ou encore le Sani Pakkush, au Pakistan, avec son compagnon de cordée Pierrick Fine. Une ascension qui leur a valu le Piolet d'Or, la plus haute distinction de l'alpinisme, et qui a scellé « un lien d'amitié hyper puissant ».

 

 

La montagne n'est pas réservée à une élite

Vu de l'extérieur, l'alpinisme a tout du club fermé : du matériel cher, des guides hors de prix, des codes qu'on ne connaît pas. Symon Welfringer balaie l'idée. « Chaque département a son club alpin, avec des groupes dédiés. On n'est pas obligé de passer par le processus classique, payer un guide, qui coûte très cher. » Au sein du CAF ou d'autres associations, des initiateur·ices bénévoles proposent des sorties bien plus abordables.

Et pour les personnes qui en sont le plus éloignées, des structures existent aussi. Symon travaille avec l'une d'elles, 82-4000 Solidaires, qui emmène en montagne des publics qui n'y auraient jamais accès autrement.

Une fois le pied à l'étrier, son conseil tient en un mot : l'imagination. « Il faut arrêter de se dire que tout a été fait et que la montagne s'effondre. Ce sont des idées réelles, mais très négatives. Il reste énormément de belles choses à faire. » Avec un cri du cœur : « Par pitié, n'allez pas au Mont-Blanc ! » Il recommande plutôt les Écrins ou le Mercantour, « encore plus beaux et surtout beaucoup plus sauvages », pour découvrir le vrai alpinisme plutôt que de suivre des traces.

 

Écouter sa peur : on peut voler en falaise, pas en montagne

Quand on lui demande ce qui fait trop peur aux débutant·es, Symon prend le temps de réfléchir. Puis il retourne la question : « J'ai presque envie de te dire que les gens n'ont pas assez peur avant d'aller en montagne. Ils ne s'en méfient pas assez, malheureusement. »

C'est toute la différence avec l'escalade en falaise, où l'on apprend justement à apprivoiser la chute. « Pour un premier vol en falaise, on te dit : vas-y, tombe. En montagne, on ne tombe pas. On fait attention à chaque pas, on y va de manière réfléchie, avec tout un tas de paramètres à garder en tête à tout moment. »

Cette peur n'est pas une barrière, c'est une boussole. Car l'alpinisme, insiste-t-il, est accessible à qui s'en donne les moyens : « C'est une activité d'expérience. On va mettre du temps à devenir autonome, mais si on a l'énergie et la motivation, tout le monde peut y arriver. » Il y aurait même moins d'inégalités physiques qu'en escalade, sport de gravité qui demande une vraie préparation. Pratiqué en loisir, l'alpinisme peut être moins exigeant pour le corps. En revanche, l'expérience et la gestion du risque y comptent bien davantage.

 

Le demi-tour, meilleure école de l'alpinisme

Météo, conditions, risques, forme physique : en montagne, les paramètres sont si nombreux que l'objectif numéro un est rarement atteint. « On se replie souvent sur des plans B, C, D… » Pour Symon, ces renoncements ne sont pas des échecs à oublier, mais la matière même de la progression. « On fait rarement un mauvais choix en faisant demi-tour. Et c'est sur ces demi-tours qu'on engrange de l'expérience. »

La réussite, elle, apprend peu. « On en retire du plaisir, mais peu de remise en question. On se dit qu'on a bien fait les choses, et on ne pousse pas la réflexion plus loin. » C'est dans l'échec qu'on se demande ce qui n'a pas marché, et comment faire mieux la prochaine fois.

 

« Ce jour-là, je me suis vu mourir »

Cette philosophie, Symon l'a forgée dans la douleur. (NDLR : en janvier 2021, trois mois après son retour de l'expédition qui lui a valu le Piolet d'Or, il fait une chute de 50 mètres en cascade de glace. Ce jour-là, il avait pourtant remarqué plusieurs signes indiquant que les conditions n'étaient sans doute pas optimales.)

« Comme beaucoup d'alpinistes de haut niveau, quand j'ai commencé, je me sentais un peu immortel, confie-t-il. On entend parler des accidents, des risques, mais tant que ça ne nous est pas arrivé, on se dit : je suis fort en escalade, je me débrouille, j'écoute les conditions, il ne peut rien m'arriver. » La chute fait tout voler en éclats. « J'ai compris que ce n'était pas une légende, qu'on ne ressuscitait pas comme ça, et que la mort, c'était une vraie idée. »

L'accident devient un tournant, dans sa carrière comme dans sa vie. Il ne renonce pas à l'engagement, mais il apprend à le doser. « Ma pratique de la montagne est engagée à certains moments, ceux que je choisis. Et à d'autres, je décide d'avoir une pratique plus sécuritaire. »

 

Partir, et savoir rentrer

Reste la question que tout·e alpiniste finit par se poser : pourquoi repartir ? Symon n'a pas encore la réponse, mais il la cherche. Elle sera peut-être au cœur d'un prochain film qu'il développe avec un ami, un documentaire moins tourné vers la performance que vers ce qu'on vit là-haut : les émotions, les relations.

« On a chez nous des gens qui nous aiment, des gens qu'on aime, quelque chose qui nous est très cher, et on accepte de le quitter pour l'aventure. Quand je pars en expé, il y a forcément une part de moi qui se sent un peu coupable, une sorte de trahison envers ceux que je laisse ici. » Alors il écrit, pour mettre des mots sur ce qu'il ressent en altitude et pouvoir expliquer à ses proches pourquoi il y retourne.

Quand on lui demande quel est son everest, la réponse tombe, limpide. « Mon everest à moi, c'est de savoir rester vivant. Trouver l'équilibre entre la performance, l'engagement et l'accomplissement dans la vie de tous les jours. Réussir à être heureux sans avoir besoin de cet engagement maximal. C'est ce que j'essaie d'apprendre en ce moment. »

Moi, de cette rencontre, je retiens surtout une chose, tout simplement : j'ai rencontré une chouette personne. Et ça fait du bien de croiser des gens comme ça. À chacun·e son everest.

 

Par Nathalie Rabusseau, fondatrice de Climbing Bitches

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