On a testé pour vous : ouvrir des blocs avec Arkose
Actus.
On y était
Publié le
mer. 28 oct. 2026
À chacun·e son bac
Ça fait des années qu'on grimpe, qu'on échange avec les ouvreurs et ouvreuses, qu'on met leur travail en avant… mais on n'avait jamais ouvert un seul bloc. C'est chose faite : avec Dom et Noura, on a passé l'après-midi à Arkose CAO, la salle du Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis aux côtés de Benjamin, ouvreur référent de la salle. Trois grimpeur·euses, trois niveaux, trois styles. Et un petit rêve qui se réalise.
Qui est Benjamin ?Benjamin est ouvreur chez Arkose depuis 2022, et à Arkose CAO depuis l'ouverture de la salle, en juin 2025. Il est arrivé à l'ouverture grâce à la formation lancée par Arkose pour faire entrer de nouveaux ouvreurs et ouvreuses dans un milieu où il est difficile de s'insérer. Ce qu'il préfère dans ce métier ? « La liberté de création, d'innovation, d'exprimer son art, sa vision de l'escalade par le mouvement et le visuel. » |
Le mur (presque) vide
14 h. Devant nous, un espace presque vide : Benjamin avait déjà ouvert le rouge et le noir. Notre mission : le jaune, le vert et le bleu.
Et pas n'importe lesquels. Le vert et surtout le bleu, c'est le cœur du travail. Le bleu, c'est le niveau intermédiaire, celui que grimpe la grande majorité des gens : il doit pouvoir plaire aux débutant·es comme aux plus confirmé·es. On voulait y mettre quelque chose d'original. On a vite compris que ce n'était pas si simple.
Avant de toucher à quoi que ce soit, Benjamin pose le cadre : l'escalade est un sport tactile, tout passe par la friction, le toucher, l'appréhension du mouvement. Et en salle, le maître-mot, c'est le plaisir. « On n'est pas là pour une dalle infâme où il faut monter un pied très haut. On est là pour le plaisir. »
On avait demandé à notre communauté quel style de bloc elle voulait : des coordos, de la dalle, des volumes, des réglettes… et un 360. On ne pouvait pas tout faire, mais on a gardé une idée forte : un bloc bleu avec un 360.
À chacun·e son bac
Premier exercice : choisir les prises. Et là, on découvre à quel point l'appréciation de chacun·e est différente. À trois, avec nos niveaux et nos morphologies, une même prise ne raconte pas la même chose.
Benjamin résume : « Pour Adam Ondra ou William Bosi, une réglette de 10 mm, c'est quasi un bac. » Pour quelqu'un qui débute, une prise à pincer peut en être un. Un bac, c'est relatif. À chacun·e son bac, comme à chacun·e son everest.
Et quand la prise idéale n'existe pas ? On la crée. On redresse une prise sur un volume pour casser le dévers, on en ajoute une derrière une autre. « Le mur, c'est ni plus ni moins qu'un gros volume. »
Construire un bloc
Quand on lui annonce un 360 dans le bleu, Benjamin éclate de rire : « Allez, courage. Moi, je ne veux pas être impliqué là-dedans ! » Il ne visse pas avec nous, il nous regarde et nous guide. Et il nous prévient : « Vous allez casser des vis, visser dans le mauvais sens, vous faire peur sur l'échelle… et c'est normal. » Spoiler : il avait raison.
La vraie difficulté, ce n'est pas de visser. C'est de guider sans rien dire. « Il faut que la personne pose le pied et se dise : de toute façon, je ne peux faire qu'une seule chose. » Un pied trop exigeant, et ce n'est plus un bleu. Trop permissif, et un·e grimpeur·euse plus fort·e change de pied et contourne le mouvement. D'où les fameux bouchons : on bouche certaines prises pour empêcher de changer de pied.
Pour notre 360, ça donne un petit pied droit au départ, des prises bouchées, et l'angle du dièdre qui évite de tourner jusqu'au bout. On teste, on tombe, on recale. Premier essai réussi, verdict de Benjamin : « C'est pas trop mal, cette histoire. » On prend !
Autre leçon : ouvrir un bloc avec une idée bien définie ou une méthode originale, c'est encore plus compliqué, parce qu'il doit cohabiter avec les autres couleurs du mur, sans les gêner. Et une idée forte suffit : « Si on empile les couches de concepts, les gens s'y perdent. » Un 360, un petit jump dans un bac, un top aux trois quarts du mur… « Pour un bleu, il en aura déjà pour son argent. »
Petite parenthèse morpho : quand on est la plus petite du groupe et que les autres te disent « essaie comme ça » en voyant bien que tu n'atteins pas la prise… on en rit. C'est notre blague à tous les trois : soit je flashe, soit c'est morpho.
Faire plaisir, c'est tout un art
Ce qui nous a marqué·es chez Benjamin, c'est sa lucidité. Une salle, ce sont des gens qui viennent pour prendre du plaisir, progresser et se sentir à leur place. Quelqu'un qui réussit plusieurs blocs dès sa première séance se dit : « L'escalade, c'est pour moi. » Et il ou elle revient.
On ne voit pas ça comme un mal, au contraire. Faire plaisir à tous les niveaux, sans renoncer à des blocs techniques et exigeants, c'est un vrai savoir-faire. C'est sans doute aussi ce qui fait la différence d'Arkose.
Un métier physique… et mental
On pensait que ce serait surtout physique. Porter, visser, monter à l'échelle : oui. « Une journée d'ouverture, ce n'est pas une séance d'entraînement, c'est limite un taf d'ouvrier », sourit Benjamin. Mais c'est surtout une gymnastique mentale incroyable : se mettre à la place de chaque niveau, prendre en compte les blocs déjà en place et toutes les contraintes, tout recalculer, recaler encore et encore.
Même en grimpant depuis longtemps, même avec un bon niveau, on a tous et toutes été surpris·es par l'engagement que ce métier demande.
On comprend pourquoi on ne peut pas sortir un concept sur chaque bloc, chaque semaine. Une seule idée nous a pris des heures. Et on était trois.
Ce que je retiens
19 h. Trois blocs. Noura bâille, j'ai le regard dans le vide… Heureusement que Dom est là : il adore, et c'est lui qui donne tout ce qui lui reste pour finir le jaune.
Le soir, chacun·e rentre chez soi. À 21 h 30, notre groupe de messages s'agite : « C'était trop bien ! » Et quasiment tous les trois, on envoie la même phrase : « Je suis crevé·e, séché·e, roulé·e. » Moi, j'étais roulée en boule sur mon canapé. Et pourtant, on n'a pas tant grimpé que ça.
Je repars avec une autre vision de l'ouverture. On voulait que tout le monde se sente à sa place, débutant·es comme confirmé·es : c'était un vrai casse-tête, et c'était génial.
Un immense merci à Benjamin pour sa patience et sa pédagogie, et à Arkose CAO pour cette opportunité. Respect à tous les ouvreurs et à toutes les ouvreuses.
À vous de jouer
Nos blocs restent en place plusieurs semaines à Arkose CAO. Venez tester votre premier 360 sur le bleu, sans oublier le vert, super stylé, et le jaune, très sympa. Un sticker vous attend à l'accueil. Et n'oubliez pas de nous taguer en vidéo !
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Par Nathalie Rabusseau, Climbing Bitches